Hambourg

Special guest : Anne L.  

Jour 1

Avec Anne, on a découvert Hambourg un vendredi d’octobre, un peu après l’aube. Je ne connaissais rien de la ville mais j’avais des activités de jurée dans un festival de ciné, et elle avait toujours rêvé d’aller voir la ville où les Beatles se sont formés. Alors on est parties, un petit matin brumeux, avec un avion jaune et bleu. La brutalité du réveil matinal a été tout de suite compensée à l’atterrissage, grâce au FilmFest Hamburg, qui dans son infinie bonté, avait eu la grâce de dépêcher hôtesse et voiture pour nous mener à notre hôtel. Premières impressions, à travers les gouttes de pluie de la vitre : les maisons cossues d’un quartier résidentiel, qui nous ont rappelé Bruxelles.

On a passé le séjour à l’hôtel Elysée Hamburg, qui, en gros, ressemble à une carte postale glamour, figée dans le temps quelque part entre les confort rétro des seventies et le glam chaleureux des eighties : couleurs chaudes, marbre et bois, lumières dorées, et de la moquette partout, qui nous fait marcher à pas feutrés. Sans oublier un buffet de petit déjeuner pas loin du légendaire, qui se tient dans pas une, mais deux grandes salles, où s’étalent sur des rangées infinies croissants, yaourts et céréales, sucré, salé. Sommet de l’opulence, il y a également un bar à huîtres et un bar à Mimosas (mais si, ce cocktail à base de champagne et de jus d’orange). Et pour petit déjeuner tout en restant au taquet, il existe un bulletin d’info, sorte de journal d’une page, disponible en cinq langues avec les infos de chaque pays, préparé spécialement pour l’hôtel par une agence de communication. Du coup, siroter un mimosa le dimanche matin au Grand Elysée Hambourg, tout en lisant les nouvelles de France et de Navarre, il faut dire que ça se pose là.

 

 

Premier jour, première balade dans la ville. Munies de nos sacs jaunes fluo du FilmFest Hamburg, on est parties vers la Theodor-Heuss-Platz, face à la grande horloge de la gare, pour voir la ville se refléter dans les eaux du Binnenalster. On a arpenté le long des vitrines de Große Bleichen, devant l’église luthérienne de Saint Michael, les petites ruelles animées parsemées de petits cafés, ou les grands boulevards bruyants aux immeubles étranges (on a vu un gratte-ciel complètement de travers)… pour arriver jusqu’aux façades multicolores du quartier Saint Pauli. Graffitis, affiches de concert punk sur les murs, vélos fluos, pauses-photo, et le ventre qui commence à gargouiller. Timing parfait : on était à Hein-Köllisch-Platz, où le Café Geyer opère depuis 1990, et sert jusque tard le petit-déjeuner. Fromage, oeufs, café.

 

 

Le soir, dîner avec les membres du jury dans le plus vieux restaurant italien de la ville (rien que ça) : vitello tonato à tomber, vin et prosecco à foison, panacotta, bref je vais arrêter de name-dropper, on s’est régalés. Ensuite direction Allende-Platz, où se situe la tente du festival,  pour le dernier verre sous le chapiteau.

 

Jour 2

On a ouvert les yeux sous un ciel gris. La pluie avait décidé de s’incruster dans notre weekend, alors on l’a boycottée. Contre la pluie la chaleur ou le froid, meilleur refuge : le cinéma. Après la délibération matinale du jury (et la traditionnelle photo pour le communiqué), on s’est lovées dans la salle du Abaton-Kino, où les festivaliers se pressaient déjà. En premier, 1 :54 de Yan England, une fiction canadienne sur le bullying d’ados au lycée sur fond de course à pied. Deuxième séance avec Chien de Samuel Benchétrit, fable canine drolatique qui nous a laissées mi-figue mi-raisin, mais le vin a tourné avec le temps.

Entre les deux, on a quand même bravé la pluie. Un peu pour trouver un bonnet, mais aussi parce que manger un hamburger à Hambourg, c’était quand même passage obligé. Niché au sous-sol du centre commercial Perle, Better Burger Company propose des burgers délicieux et bien garnis, qu’ils soient faits avec de la viande de bœuf, de poulet, ou sans viande du tout : on a testé le burger végé et il nous a convaincues. Mais le plus cool, c’était les différentes sortes de sauces, alignées sur chaque table en pot coloré, du rouge ketchup au jaune mayo en passant par le jaune moutarde. Moutarde au miel ou moutarde caramélisée ? Les deux, mon capitaine. On a rincé le tout avec du Fritz-Kola, et on a arpenté les magasins de Spitalerstraße en évitant les gouttes de pluie.

 

 

Le soir, c’était P, c’était A, c’était R, c’était T-Y. Rooftop party, pour être exacte, dans la foulée de l’avant-première d’un film allemand présenté au FilmFest Hamburg. L’occasion de papoter entre deux bouffées de cigarette sur une terrasse bondée, à essayer de reconnaître les célébrités locales. Untel a été nommé aux Oscars, unetelle passe à la télé… Quand vous n’êtes pas autochtone c’est pas forcément facile à deviner. Famous ou pas, on a sympathisé à foison, mille moments suspendus de conversations à bâtons rompus, tandis que derrière vous on se pousse pour passer entre les invités. Côté non-fumeur, du bar à la porte d’entrée, la piste de danse n’a pas attendu longtemps pour être bondée. C’était une soirée sous le thème des années 70, qui a motivé les déhanchés sur la piste au son des Bee Gees, de Donna Summer ou de Michael Jacks…Ah oui, il est déjà trois heures du matin, le répertoire rétro est fini, mais le DJ est passé aux années deux mille et au final nous fera danser jusqu’au bout de la nuit. Ou environ quatre heures, ce qui est déjà pas mal, surtout quand on rentre à pied, pompettes dans nos pompes de nuit.

 

Jour 3

Comme pour se faire pardonner, la pluie dimanche matin avait disparu, et le soleil a carburé à fond toute la journée. Pas trop de vent, juste ce qu’il faut de froid, et les lunettes de soleil sur le nez : temps idéal pour la balade en bateau sur le port de Hambourg. Barkassen Meyer, super efficace, audioguide en anglais sur un smartphone, avec carte intégrée. Le GPS du téléphone suit le déplacement du bateau, donc à hauteur de chaque bâtiment indiqué, il n’y a qu’à appuyer sur l’icône pour écouter. Bateaux impressionnants, de croisière ou de marchandises, colorés et austères, récents ou sortis du passé. L’occasion aussi d’avoir une très belle vue sur la ville depuis la mer, sa plage, ses maisons colorées qui s’étendent à perte de vue, ses bâtiments modernes comme l’opéra.

 

 

Avant de repartir pour l’aéroport, last but not least, retour approfondi à Sankt Pauli et son ambiance joyeusement révoltée. Slogans antifascistes entre deux facades peinturlurées, sex-shops entre deux supermarchés. Plaines de jeux, cafés hipsters avec mille et une curiosités en vitrine. Une population de tous âges se prélassait dans les rues du quartier sous le soleil automnal. Sankt Pauli, on dirait un cousin nordique du quartier d’Exarchia à Athènes, qui abrite les anarchistes, poètes et artistes. Un quartier qui ne dort jamais, ou alors que d’un œil – l’autre toujours aux aguets. Quartier insoumis sentant la bière, le joint ou le kebab, Sankt Pauli me fait aussi penser à la Piazza Bellini de Naples, ou au quartier de Malasaña à Madrid – des quartiers où il fait bon vivre, où se côtoient artistes, étudiants et révolutionnaires résignés dans les rues colorées, des places où on s’assied à même le sol pour refaire le monde entre deux gorgées.

 

 

On aurait pu y rester. Quand le moment est venu de prendre le taxi pour l’aéroport, on était presque contrariées. Difficile de vraiment découvrir Hambourg en trois jours : c’est une ville à plusieurs visages, polymorphe et changeante. Du front de mer aux ruelles du centre-ville, des grands boulevards aux allées tranquilles près de l’université, des grands centres commerciaux aux ruelles calmes où se cachent d’innombrables cafés. Mais c’était un aperçu qui nous a hautement convaincues. D’ailleurs on n’a même pas eu le temps de chercher la maison des Beatles : c’est sûr, faudra y retourner.

 

Tschüss Hamburg, et dänke pour tout !

Merci à la Gute Leude Fabriek  – www.guteleudefabrik.de

 

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