Il paraît que toi et moi on est une face, une race. C’est ce que les gens disent. Naples, Athènes, deux faces d’une même pièce. Une pièce mal polie, une cité qui sent la poussière et l’été, la musique et le bruit. De la Piazza Bellini à la la Πλατεία Εξαρχείων, les mêmes tam-tams, les cris saouls, les mêmes odeurs de fumée et de gras, les mêmes gens vivant le sourcil froncé et la bouche qui sourit.
J’avais autant hâte de voir ta maison que toi tu voies la mienne.
J’avais envie que tu respires l’air chargé du soir, l’air festif des nuits, l’air calme du matin. Que tu sentes l’odeur de brûlé qui se mêle à celle du joint, tous les soirs en bas de la maison. L’odeur de la viande qui cuit, du pain qui grille, de la cannelle. L’odeur des rues qui transpirent leurs pots d’échappement et leurs mégots entre les bougainvilliers.
J’avais envie que tu entendes les airs de guitare, les bruits de bouteilles qui s’entrechoquent, le son des mots à déchiffrer et les chiens qui aboient. Les sirènes qui hurlent à gorge déployée et les rires gras entre deux gorgées.
J’avais envie que tu roules dans les taxis la nuit, ces mêmes taxis que j’ai pris mille fois, ces trajets si familiers, que tu roules avec moi sur les grands boulevards de ma ville, pour voir défiler les rues mal éclairées et celles illuminées par le jaune sale des réverbères, les gens qui titubent gaiement sur les dalles et ceux qui dorment par terre dessus.
J’avais envie que tu voies les rues grises et leurs trottoirs trop étroits, les chiens qui errent derrière nous partout où on va, les plats et les verres qui s’entassent sur les petites tables en métal jusqu’au matin dans des tavernes enfouies au fond d’une ruelle du centre-ville. Ah, et puis les deux ou trois endroits dans la ville avec mon prénom écrit sur la façade – rien que pour la joie enfantine de poser devant avec un index tendu et un sourire ravi.
J’avais envie que tu voies tout ce que j’aime dans cette ville, et aussi ce que je n’en connais pas encore. J’avais envie que tu voies toute la beauté, la folie et la grâce, et aussi tout ce ce qui est sale, triste et laid.
Je savais que tu y reconnaîtrais des choses à toi.